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(472)Ce n est pas toi qui portes la racine, mais c est la racine qui te porte
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Un carême contre la violence

Publié le lundi 1er février 2010 , par Corentin Penn

Un Carême contre la violence

Dès le 17 février prochain, mercredi des Cendres, la marche traditionnelle du Carême va reprendre pour nous. Comme chaque année, elle conduira l’Église à la victoire définitive du Christ ressuscité sur le mal et la mort. Dans les Évangiles, la victoire de Pâques commence à se manifester dès la vie de Jésus en Galilée et en Judée. Cette puissance de la Résurrection se révèle plus particulièrement dans la manière dont Jésus fait face tout au long de sa vie à la violence des hommes. Si cela est vrai, notre marche vers Pâques en ce temps de carême pourra, elle aussi, prendre la forme d’un combat contre la violence en nous.

Jésus est venu prendre sur lui la violence des hommes. Il l’a prise dans ce qu’elle a de plus terrible. Car il y a violences et violences en l’homme. Toutes n’ont pas la même radicalité. Certaines violences sont légitimes. Elles sont une nécessité de la vie sociale. Ainsi, par exemple, le travail d’éducation exige parfois qu’on exerce des sanctions ou bien encore l’État doit bien réguler par la force quelques fois trop de désordre social… Nous voyons Jésus lui-même recourir à cette violence dans les Évangiles quand il chasse les vendeurs du Temple ou s’en prend aux pharisiens…

Il peut arriver pourtant que cette violence légitime devienne insupportable. A quoi peut-on voir que des parents, des éducateurs ou des chefs d’état, - cela peut-être n’importe qui - basculent de la violence légitime dans la violence insupportable ? Peut-être à ceci, quand leur propre violence se trouve traversée par la rage ou la haine. Surgit alors en l’homme une violence absolument terrifiante, insoutenable, celle qui pousse à l’extermination et qui veut en finir avec l’humanité des hommes. Violence qui dénie à l’autre toute forme d’existence.

Cette violence peut prendre bien des formes individuelles ou collectives. C’est une volonté d’anéantissement qui, bien qu’irrationnelle, peut s’abriter derrière toutes sortes de justifications. Violence du régime nazi dans son extermination du peuple juif, violence des terroristes fanatiques qui ensanglantent tant d’innocents, violence des dictateurs qui condamnent les opposants, violences racistes contre les immigrés, violence de justiciers qui se passent de procès, violence de tous ceux et celles qui obligent les autres au silence et qui ne supportent plus leur seule présence…

Cette violence peut surgir en tout homme à n’importe quel moment comme la volonté démoniaque de détruire l’autre devant lui pour ne plus le voir, pour en finir avec lui.

Vaincre cette violence demande une énergie extraordinaire. Car il faut pour cela une grande puissance, mais une puissance qui ne doit céder en rien à cette violence car on ne ferait alors que la réactiver ou amplifier son jeu.

De fait, combien de réactions contre la violence sont-elles contaminées par la même violence qu’elles veulent pourtant dénoncer ? On fait la révolution pour lutter contre l’oppression politique et l’on tombe dans la terreur. On pratique la lutte des classes contre l’inégalité et l’on tombe dans la dictature du prolétariat. On fait la guerre aux dictateurs et l’on devient soi-même ultra autoritaire. On lutte contre la richesse méprisante des autres et l’on devient soi-même riche de la même façon…

Comment rester lucide par rapport à la violence ? Comment la vaincre sans recourir à ses propres armes ?

Aux hommes, cela est difficile. Il y a si souvent en nous une part de revanche. Mais Jésus est le grand vainqueur. Il a laissé la violence des hommes éclater sur lui, le crucifiant de la manière la plus injuste. Il a lutté contre elle, la dénonçant à chaque instant de sa vie, mais ne s’en faisant jamais le complice. Il l’a affrontée avec une énergie qui n’était en rien violence destructrice en lui parce qu’elle était l’énergie de l’Esprit.

C’est au jour de la Résurrection que la puissance de Jésus contre la violence insoutenable des hommes a révélé toute sa force. En traversant la mort, le Christ Jésus s’est manifesté comme le vainqueur de la toute puissance de la violence sauvage en l’homme qui n’a pas pu l’anéantir. La violence qui tue l’humanité de l’homme n’a pas eu cette fois le dernier mot. Il y a donc quelqu’un, le Christ, qui est capable de sauver l’homme de l’emprise de sa violence.

Le temps du Carême qui nous conduit à Pâques nous appelle à la conversion dans la force du Christ et de son Esprit. Et c’est dans notre propre rapport à la violence que cette conversion peut s’engager pour nous. Cette violence trouve souvent son terreau dans la convoitise, dans l’égoïsme et l’aplatissement spirituel, ce contre quoi précisément le temps du carême offre les armes du jeûne, de l’aumône et de la prière. Et puis, l’un des plus beaux signes du Christ vainqueur de la violence en l’homme n’est-il pas celui du pardon donné. Par le pardon, la violence est terrassée. Elle n’a plus de prise. Elle n’entraîne plus et nous sommes sauvés. Voilà pourquoi le carême est le temps privilégié de la réconciliation !

Que ce temps du carême nous aide, les uns et les autres, à nous libérer de la violence dans la force du Christ mort et ressuscité pour nous. Bonne marche vers la délivrance de Pâques !

P. Laurent Le Boulc’h

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