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Le Jardin de Pâques - L’édito du P Laurent le Boulch

Publié le mercredi 1er avril 2009 , par Corentin Penn

Le jardin de Pâques

C’est dans un jardin que l’évangile de Jean a situé la scène de la rencontre du Christ ressuscité avec Marie de Magdala. Un jardin de printemps. Un jardin de paradis. C’est là une des plus belles pages des évangiles. Marie Madeleine nous ressemble tant.

Marie Madeleine a vu la pierre roulée au dehors du tombeau. A la différence de Pierre et de Jean, l’évangile ne nous dit pas qu’elle est entrée dans le tombeau. Qu’importe, son scénario s’est installé dans sa tête : « on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis ! »

Seule dans le jardin, elle est à deux pas du Christ Ressuscité. Elle le voit sans le voir. Elle le prend pour le jardinier. Histoire étrange, Marie Madeleine est en face d’une révélation extraordinaire, un événement attendu depuis les commencements du monde, et elle ne voit pas. Et même quand la formidable nouvelle l’atteint, elle ne comprend pas. Elle n’entend pas.

Seule dans son jardin, murée dans sa peine, enfermée dans son passé, toute repliée sur elle au fond, Marie voit sans voir.

Cela nous ressemble. Image de toutes nos difficultés à croire une nouvelle trop bonne pour nous. Ce que nous espérons le plus, quand cela survient, est parfois ce que nous avons le plus de mal à croire ! Tout devait nous conduire à cela et, quand cela arrive, on n’en croit pas ses yeux ! Car nos yeux sont encore tournés vers le passé et la mort brûlante encore. Assombris par la douleur du deuil, ils sont incapables de s’ouvrir à la lumière qui vient.

Selon le quatrième évangile, seul le disciple Jean sait voir, immédiatement. « Il vit et il crut ». L’absence est déjà pour lui le signe d’une autre présence. Il est entré dans la Résurrection. Mais pour tous les autres et Marie Madeleine avec eux, il y a besoin d’une Parole. Une parole qui aide à décrypter le sens des événements. Plus précisément encore, il aura fallu la Parole du Maître qui appelle : « Marie ! », car même l’interrogation pleine de douceur et de sollicitude « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » n’a pas suffi.

« Marie ! » Il a fallu donc la Parole qui l’appelle par son nom. Il a fallu que le Christ Ressuscité la reconnaisse, elle, pour qu’elle aussi le reconnaisse, enfin.

Et c’est si souvent ainsi que nous sommes. Peut-être même est-ce là le récit du commencement de la foi toujours.

C’est que le Christ Jésus nous connaît bien avant que nous ne le connaissions. Il nous aime le premier. Le premier, il entre en relation. Mais nous ne savons pas le voir. Il nous faut un signe de reconnaissance de sa part - c’est la parole d’un évangile, l’interpellation d’un ami, la parole d’un événement qui nous touchent - pour qu’enfin nous le reconnaissions à notre tour. Dans les évangiles des apparitions c’est toujours le Christ qui prend l’initiative de la reconnaissance.

A son nom, Marie s’est retournée. Pas au sens propre puisque logiquement dans ce cas elle lui aurait tourné le dos ! mais elle s’est retournée dans son être intérieur. Et c’est le courant de son âme qui s’est renversé. Tout en elle l’entraînait du côté de la mort, tout en elle l’emporte maintenant du côté de la vie.

Il arrive quelques fois qu’une séance de yoga ou d’ostéopathie parvienne ainsi à inverser le courant en nos corps fatigués. Nous allions d’angoisse en angoisse, la respiration de plus en plus courte, les reins et le dos bloqués, de plus en plus bas… et voici que tout se libère et respire.

Pour les disciples qui le reconnaissent, la rencontre du Christ Ressuscité est un extraordinaire renversement. Ils allaient à pas comptés, prisonniers de la peur, effrayés par la mort, se protégeant de tout, doutant de l’amour, et voici que tout se libère et s’ouvre en eux. La vie trouve son axe. Elle n’est plus seulement derrière eux, elle est devant eux ! Et cette vie là commence aujourd’hui !

La tentation demeure pourtant encore en Marie Madeleine de retenir le Christ. Elle veut le prendre et le garder pour elle. Car l’amour ne se purifie pas aussi aisément. Il faut du temps pour accepter que l’amour ne soit pas possession de l’autre.

« Ne me touche pas ! » Le Christ se détache des hommes pour rejoindre son Père. Il disparaît à nos yeux. Mais cet éloignement du ressuscité n’est pas un abandon, bien au contraire, puisqu’une fois encore il donne tout. Il nous donne son Père qui devient « notre Père », il nous donne son Dieu qui devient notre Dieu. Parce qu’il nous donne Dieu son Père, il nous prend pour frères. Jamais l’homme n’aura été invité à ce point à entrer dans la familiarité de Dieu !

C’est ainsi que le « Christ jardinier a ouvert en grand les portes du vieux jardin » de l’Éden que le péché des hommes avaient rendu inaccessible (Gn3,23). C’est ainsi qu’il donne à l’humanité d’entrer dans le jardin du paradis.

Alléluia ! La résurrection est promise à tous ceux qui sauront le reconnaître dans l’amour des frères et du Père. Jean 20,1-18

P. Laurent Le Boulc’h

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