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Paroisse de Pleumeur Bodou
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Entre Tes mains, je remets ma vie
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(1333)Restez joyeux, priez sans cesse 

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La relation avec l’autre - la lèpre et L’Evangile de ce jour. - Une belle réflexion par Laurent le Boulch

Publié le dimanche 15 février 2009 , par Corentin Penn

La lèpre a quelque chose d’effrayant. Avec elle, c’est le chaos qui s’empare d’un homme. Un chaos physique : la lèpre défigure atrocement. Mais aussi un chaos spirituel. Car, pour les contemporains de Jésus, le désordre de la maladie a forcément quelque chose à voir avec le désordre qu’est le péché. Tout dérangement extérieur est signe d’un dérangement intérieur. L’état de dégradation physique du lépreux est lié à la dégradation du péché. Le lépreux porte avec lui une double souffrance, physique et spirituelle. C’est un malade et donc un pécheur.

Le lépreux fait peur. Quand le lépreux s’approche c’est la menace du désordre et du chaos qui s’avance. Qui touche un lépreux risque la contagion. Etre atteint à son tour par le chaos. Non seulement celui de la maladie, mais aussi celui du péché.

Trop menaçants, les lépreux vivent donc en ghettos, en petites communautés à part. Selon la loi du Lévitique, « ils portent des vêtement déchirés et les cheveux en désordre. » Comme si les lépreux devaient porter sur eux une tenue qui leur ressemble avec tous les signes du dérangement qui les habitent. S’il leur arrive de traverser un village, ils sont tenus d’avertir. Il leur faut donner l’alerte, crier « impur ! »

Rejetés du côté du chaos qui fait peur et dont il faut se protéger, les lépreux sont les pire des exclus. Rien, apparemment, ne peut les délivrer. De quel côté qu’ils se tournent, il n’y a pas de salut pour eux. Condamné par la médecine, condamné par la société, condamné par la religion… Le lépreux n’a plus qu’à survivre à part.

Depuis longtemps heureusement la lèpre a quitté notre pays. Dans les régions où elle sévit encore des traitements efficaces en ont atténué le danger. Mais ce qui n’a peut-être pas changé, c’est le mécanisme de l’exclusion qui se mettait en marche avec les lépreux et qui continue encore aujourd’hui pour tant d’autres personnes.

Car les vieux réflexes ont la vie dure ! Comme au temps de Jésus, le désordre ou le dérangement nous font peur. Quand un homme est habité par le chaos, il fait peur.

Aujourd’hui, le chaos dans une vie d’homme peut prendre bien des formes. C’est la maladie qui survient. La mise à la rue. Un renvoi à la marge. Une rupture conjugale. L’engrenage de la violence. La perte d’un emploi. La mort d’un proche et la solitude. Un échec insurmontable

Nous nous croyons plus évolués que les gens du temps de Jésus ou du moyen-âge. Nous ne pensons plus que tous ces désordres sont des signes de désordre intérieur, des signes du péché, encore qu’à propos du sida on ait entendu de drôles de choses ! Nous pensons avoir quitté ces interprétations d’un autre âge.

Et pourtant, c’est comme si il subsistait en nous, malgré tout, des réflexes archaïques qui font que, quand des hommes sont affrontés au chaos dans leur vie, quel qu’il soit, on trouve préférable de se tenir à distance. Ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté mais cela nous fait peur. Se laisser approcher par un homme aux prises avec un désordre dans sa vie nous déstabilise. Cela renvoie à notre propre fragilité. Nous ne savons pas comment réagir. Sans trop se l’avouer on se sent menacé. On a peur d’entrer en relation. Pris dans un sentiment de panique, on cherche à se protéger. La menace du chaos fait fuir tant de gens qui sont pourtant de braves gens.

Ce qui est admirable en Jésus, c’est justement, qu’il agit dans le sens contraire. Dans un contexte pourtant beaucoup plus lourd et défavorable que le nôtre, il laisse venir à lui le lépreux. Il accueille sa prière. Il ose le toucher. Il le guérit. Jésus renvoie le lépreux vers les responsables religieux du temps, comme pour lui redonner place dans la société des hommes. C’est ainsi que Jésus casse tous les ressorts de la peur et de l’exclusion.

C’est que, quand le lépreux s’avance, Jésus ne voit pas en lui d’abord un lépreux mais un frère. Il ne voit pas en lui d’abord la menace du chaos, mais son besoin de paix et de guérison.

Jésus est l’homme qui n’enferme pas l’homme aux prises avec le chaos dans son chaos. Jésus est l’homme qui regarde l’homme qui subit le chaos comme un homme d’abord. Il ne le regarde pas d’abord comme un désordonné, un défiguré, un dérangé, un pécheur, un marginal. Autrement dit, il ne réduit jamais le malade à sa maladie, le chômeur à son chômage, le marginal à sa marginalité, le séparé à son divorce, l’élève à ses mauvaises notes, l’homme pécheur à son péché… Quand un homme pris par le chaos s’approche du Christ, Jésus voit d’abord en lui un frère à sauver. Et c’est en entrant en relation avec cet homme-là comme un frère, qu’il casse le ressort de l’exclusion. Il le relie aux hommes et à Dieu, et c’est ainsi qu’il le sauve. Tant que pour un exclu cette relation-là est possible, il y a chance de salut !

Frères et sœurs, nous faisons tous un jour ou l’autre dans notre existence l’expérience du chaos. Nous le subissons en nous ou nous le rencontrons dans les gens que nous aimons. A chaque fois alors la peur et la rupture risquent de tout emporter.

L’Evangile nous redit l’importance de maintenir du lien mais nous savons pourtant combien il est parfois difficile de sauvegarder alors la relation quand on risque d’être soi-même emporté par le chaos qui nous fait face. Il peut arriver que cela soit trop dur, trop risqué. Maintenir cette relation demande un grand équilibre, une grande force intérieure.

Parce que le Christ Jésus était habité d’une grande force intérieure, il a pu traverser le chaos dans sa vie, jusqu’à l’immense chaos de la croix, sans jamais sombrer, fort de tout l’amour de Dieu en lui.

Frères et sœurs, prions aujourd’hui pour tous nos frères et sœurs en prise avec le chaos dans leur vie. Qu’il leur soit donné de rencontrer des personnes solides et aimantes qui sauront maintenir le lien vivant de la relation avec Dieu et les hommes. Prions aussi pour que nous tenions bon dans la rencontre. Amen.

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