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La réconciliation - Edito de Laurent le Boulch

Publié le samedi 15 octobre 2005, mis a jour le samedi 8 juillet 2006 , par Corentin Penn

Une année de la réconciliation ! A quoi bon ?

Réconciliation, pardon, péché, pénitence... Pour beaucoup peut-être ces mots suscitent une certaine gêne. Il y aurait comme un malaise, une méfiance vis-à-vis du péché surtout. La mémoire est tenace. Elle n’a pas oublié cette espèce de fascination sur le péché qu’a connue l’Eglise avec des effets malheureux tels qu’une culpabilité exacerbée, la religion comprise comme la soumission à la morale... C’est ainsi qu’une génération de chrétiens est devenue allergique à parler de réconciliation. Or, voilà justement qu’on nous parle d’une année de la réconciliation ! ... ?

Mais si à certains, les plus anciens surtout, « réconciliation » et « péché » parlent trop et rappellent trop de souvenirs, à d’autres pourtant, les plus jeunes, ces mots ne disent rien. Pour les générations les plus jeunes, le mot « péché » voire même le « pardon », ne dit plus grand-chose aujourd’hui. On ne sait plus très bien ce que cela veut dire. On ne voit pas à quelle réalité humaine cela renvoie. On peine parfois à discerner les limites du bien et du mal. La réconciliation aurait quitté le champ de l’expérience humaine.

Que le péché soit refusé par les plus anciens ou oublié par les plus jeunes, quelle importance allez vous me dire ? En quoi cela serait-il dommageable ? Pourquoi ne pas plutôt s’en réjouir ? A quoi bon alors une année de la réconciliation ?

Le risque est là bien réel que des catholiques plus anciens restent enfermés dans une conception étroite et blessante du péché et que des jeunes croyants deviennent pratiquement totalement hermétiques au sens du péché. Or, je crois au contraire que l’effacement du péché par le refus ou l’oubli, porterait avec lui la disparition d’une expérience essentielle à l’homme croyant. Car, la réconciliation et le péché nous disent quelque chose de fondamental quant au rapport de l’homme à Dieu.

D’un côté, refuser le péché c’est refuser à juste raison un certain visage de Dieu : le Dieu de la colère, de la punition, l’œil de Caïn, le Père fouettard... Mais, d’un autre côté, oublier le péché, c’est oublier un autre visage de Dieu : le Dieu surprenant de la miséricorde et du pardon.

Or, il y a là une expérience spirituelle à la fois incontournable et, plus encore, fondamentale de la vie chrétienne et, ne plus parler de réconciliation, c’est prendre le risque de ne plus voir ce qu’il y a de plus étonnant et libérateur dans la foi.

Une année alors de la réconciliation pour le découvrir ou le redécouvrir. Une année pour corriger nos regards, nous défaire des malentendus et des contresens. Une année surtout pour revenir à l’Evangile de la réconciliation.

Abbé Laurent Le Boulc’h

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