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[D] 
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[D] 
(281)L homme, pélerin d un voyage intérieur.
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L’ Espérance et la recherche d’un idéal - une belle homélie de Laurent Le Boulch à la veille de Noël

Publié le samedi 15 décembre 2007 , par Corentin Penn

Au milieu de son peuple, le prophète Isaïe est un jardinier de l’espérance. Isaïe cultive l’espérance comme on cultive une plante. Il la nourrit, il en prend soin, il la guérit quand elle est malade ou moribonde. Par sa parole, Isaïe réveille l’espérance dans le peuple d’Israël : un jour viendra !

C’est l’annonce d’un avenir de grande paix et d’harmonie. Superbes images que celles de l’enfant jouant avec le serpent et du léopard avec le chevreau. Des images de paradis. Isaïe ne craint pas de porter son peuple à l’espérance d’une vie paradisiaque.

Cet idéal d’une vie à venir enfin délivrée de la mort et de la haine, de la guerre et de la violence va durant des siècles nourrir l’imaginaire des foules, les rassurer devant les détresses et leur donner courage pour affronter les épreuves de la vie.

Mais aujourd’hui nous en sommes loin. On dit de notre société qu’elle est en panne d’idéal. Dans un livre tout récent, l’écrivain et psychanalyste Julia Kristeva analyse avec beaucoup de subtilité et de profondeur la crise qui secoue la vie des adolescents d’aujourd’hui. Ils sont, dit-elle, « malades de l’idéalité ».

L’adolescent est par nature tourné du côté de l’idéal. Il a besoin de croire en l’amour avec un grand A. Un amour rêvé, idéalisé. Il est persuadé que l’histoire d’amour qu’il va fonder sera forcément plus belle que celle de ses parents. Il y croit dur comme fer. Il a besoin d’y croire. Mais si rien ne permet à l’adolescent d’incarner cet idéal, de le traduire dans la réalité de sa vie, de le transformer dans une œuvre, une vie à construire, alors cet idéal battu en brèche peut devenir la cause d’une profonde dépression qui peut conduire à des attitudes de destruction. La délinquance et les formes d’autodestruction qui touchent des jeunes aujourd’hui pourraient bien être le symptôme d’une société devenue malade du besoin de croire qu’elle ne sait plus faire vivre.

Traiter par l’ironie et la dérision ceux qui croient en un certain idéal, leur opposer toujours le réalisme désabusé de ceux qui vivent avec leur temps, n’aide en rien les jeunes à vivre. Notre société manque à sa responsabilité d’écouter et d’accompagner le besoin de croire pourtant si essentiel à la vie des hommes. Qui saura entendre aujourd’hui le besoin de croire des adolescents ? Les éducateurs, les politiques, les parents, sauront-ils accompagner les jeunes dans leur soif d’idéal et dans leur besoin d’y croire ?

On s’est souvent étonné de la qualité de relation qu’entretenait Jean Paul II avec les jeunes, mais c’est peut-être qu’il avait compris avant tout le monde le mal-être de la jeunesse. Je pense à cette phrase qu’il aimait dire aux jeunes et qui les rejoignait dans leurs interrogations : « ne vous contentez pas de ce qui est inférieur aux plus grands idéaux. Ne vous laissez pas décourager par ceux, qui, déçus par la vie, sont devenus sourds aux désirs les plus profonds et les plus authentiques de leurs cœurs ».

« L’enfant posera sa main sur le nid du cobra, le lion et la vache partageront le même pâturage… » : avec le prophète Isaïe, le temps de l’Avent relance pour nous l’espérance. Il nous appelle à croire en l’idéal promis par le prophète et qui dépasse tous les rêves les plus beaux : vivre éternellement dans la paix et l’harmonie d’un monde réconcilié parce qu’en pleine communion avec l’amour de Dieu. Croire en l’Evangile c’est ne pas craindre de croire en un idéal.

Nous osons croire en cet idéal parce que dans la foi, nous reconnaissons qu’en Jésus cette promesse a déjà pris naissance. La liturgie de l’Avent nous prépare à reconnaître l’espérance de Dieu qui s’est réalisée en Jésus de Nazareth. En Jésus, la promesse de Dieu que chantait Isaïe a pris une existence d’homme. En Jésus, les croyants reconnaissent l’idéal de Dieu en acte. Jésus, homme de justice et de paix. Jésus, homme de réconciliation et de pardon. Dans sa vie d’homme, qui n’a pourtant pas été une existence protégée, favorisée, artificielle, Jésus a témoigné déjà de la Résurrection à venir. Il est déjà le témoin du Royaume de Dieu dans le quel toutes les relations seront transformées dans la fin de toute violence. En Jésus, nous avons déjà vu l’amour qui nous attend dans le paradis de Dieu. Nous vivons dans cette espérance.

Le temps de l’Avent nous appelle à vivre nous aussi de cet Esprit. Mettre à l’oeuvre l’idéal de Dieu en nous appuyant sur la force du Christ en nous. Car croire en l’idéal de l’Evangile ne veut pas dire vivre dans le rêve et l’illusion, décoller et ne plus toucher terre, attendre les bras croises le paradis. Au contraire, c’est veiller pour discerner et nous émerveiller de tout ce qui dans nos vies d’hommes nous donne l’avant goût du Royaume du Christ et nous y engager de tout notre être. C’est trouver dans l’espérance de l’Evangile le courage et la force de témoigner de tout ce qui tend vers lui.

Dans la crise d’idéal que nous traversons, les chrétiens ont donc un témoignage à donner. Nous avons à témoigner de l’Evangile qui répond à cette soif d’idéal présente en chaque homme mais trop souvent ignorée ou refoulée. Nous avons à témoigner que cet idéal du Christ n’est pas qu’un beau rêve mais qu’il donne aux hommes des repères pour le traduire dans leur vie dès aujourd’hui.

Un exemple tout simple. Je dois avouer que, jusqu’il y a assez peu de temps, je n’étais pas très enclin à célébrer des noces d’or ou de diamant. Or, je réalise maintenant à quel point ces moments là peuvent avoir une signification majeure dans notre société. Non pas tant pour les époux qui bien sûr s’y engagent les premiers. Mais surtout pour les jeunes générations. Célébrer des noces d’or ou de diamant c’est redire la force d’un idéal de fidélité et de durée dans la construction d’un amour, et c’est aussi, pour ne pas en rester au rêve, témoigner comment un homme et une femme, avec leurs qualités et leurs défauts, ont réussi à vivre leur idéal d’amour dans le quotidien leur vie. Célébrer des noces d’or est une manière d’accompagner le besoin de croire des jeunes d’aujourd’hui en leur présentant à la fois un idéal de vie et le témoignage d’une histoire vécue.

Frères et sœurs, dans notre monde qui souffre parfois de ne plus croire en un idéal de vie et qui manque d’espérance, le temps de l’Avent nous appelle au témoignage de l’Evangile. Nous sommes appelés à tenir bon dans la foi. Tenir bon dans la foi en l’idéal que Dieu nous donne. Croire qu’en l’homme Jésus, la promesse de Dieu s’est déjà réalisé. Croire aussi qu’elle peut déjà vivre en nous dans la force de l’Esprit. Amen.

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