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[D] 
(233)Au pied de la croix, marie pleurait...
[D] 
(251)Laisse ta lampe allumée 

Laisse ton coeur ouvert
[D] 

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Fêter Noël en 2011

Publié le mardi 13 décembre 2011 , par Robert Gautheret

Fêter Noël en 2011

Dans une chronique du 27 décembre 1947, le romancier chrétien Georges Bernanos imagine que la chrétienté a raté le jour de Noël. Tous se réveillent le 26 pour s’apercevoir que, mystérieusement, le 25 décembre a été gommé (ou s’est escamoté lui-même) du calendrier. Noël n’a pas eu lieu : trop d’horreurs passées, la crainte de malédictions pires, un avenir bouché. Et puis, Bernanos redoute la conquête ravageuse des mécaniques et des marchés. Lui, l’écrivain, sait pourtant que tous les Noëls se répéteront comme jalons du Salut.

Récemment encore, les journalistes de la BBC ont reçu l’ordre de ne plus utiliser dans leurs chroniques les mentions « avant Jésus-Christ », « après Jésus-Christ », mais de privilégier celle-ci (oh ! dérision !) : « avant - ou après – l’ère commune ». C’est encore une manière de faire disparaître la fête de Noël ; et Bernanos, au fond, n’était pas loin de la vérité. Jean-Paul Sartre disait : « Noël ? Mais quelle énormité ! » soulignant par là une invraisemblance radicale conspirant à l’aveuglement des esprits. (Le même Sartre qui composa d’ailleurs pour ses camarades prisonniers une superbe prière à Marie).

Nous savons, nous, pouvoir répondre autrement : « Noël ? Quelle modernité ! » ; puisque Dieu renouvelle son incarnation en tout homme et sauve toute vie. Rien n’empêche donc de confronter librement la réalité d’aujourd’hui et les textes de l’Évangile (surtout Luc et Matthieu).

Les anges dans nos campagnes ? Mais tous les anges qui chantaient la gloire de Dieu n’ont pas regagné le ciel ; beaucoup sont restés dans nos mortes « campagnes », territoires désolés, « vallées de larmes ». On pense, par exemple, à cette religieuse française qui vient d’être déclarée par l’état juif « juste parmi les nations » pour avoir, au sein de sa communauté, abrité pendant l’occupation des enfants juifs.
Quand les mages viendront à la crèche, nous penserons que, pérégrinant du plus lointain de l’Iran d’aujourd’hui, ils ont, cachés dans l’ombre de leurs caravanes incertaines, beaucoup de nos frères chrétiens persécutés pour leur foi.

La folklorisation de Noël, même au sein de la catholicité, a fâcheusement rendu la figure de Joseph douloureuse et sans relief. On nous dit pourtant que Joseph était un « technõn », chef d’une petite entreprise de construction, à la fois maçon et architecte. On ose penser alors que la première synagogue où l’enfant Jésus s’est rendu a peut-être été construite par son père ! En tous cas, Joseph n’est pas étranger à la vie sociale ordinaire d’aujourd’hui, ce temps des familles recomposées. Est affirmé, à travers Joseph, le primat de la paternité symbolique sur la paternité biologique. Père, on le devient sûrement par le lien symbolique de la parole qui appelle, nomme, et confère une identité (Matthieu 1,25).
Mais le massacre des enfants innocents c’est aussi une page de Noël, non ? Pour protéger un enfant, en laisser massacrer quantité d’autres. La foi répond où la raison regimbe. Le Christ, lui aussi victime innocente, reprend place, à la croix, parmi l’enfance martyrisée victime de la folie barbare d’Hérode.

Oui nous fêterons Noël ; et Noël aura lieu ! Et Noël déploie trois dimensions : l’espace, l’histoire et l’humain. Noël déploie l’espace : les anges vont et viennent à la verticale de la crèche ; les mages vont et repartent à l’horizontale de la terre. Noël déploie le temps et l’histoire : Jésus hérite d’une ascendance nombreuse (et quelquefois douteuse) mais non pesante et qui n’emprisonne pas son destin, le soutenant plutôt. Noël déploie l’humain : l’enfant grandit « en âge et en sagesse » ; et ses parents sont des éducateurs éminents (foi, intelligence et cœur), tendus vers l’homme parce que tendus vers Dieu.

Noël Lefort

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