Paroisse Pleumeur Bodou : aller au sommaire
Paroisse de Pleumeur Bodou
Quatre photos cliquables pour prier...
Image N° 471 Image N° 222 Image N° 256 Image N° 249
(244)Qui lance une pierre sur un oiseau le fait envoler, qui fait un reproche à son ami, tue l amitié.
[D] 
(293)Fais que mon regard soit un regard qui sache admirer, s extasier, contempler.
[D] 
(253)Je suis la vraie vigne et mon père est le vigneron.
[D] 
(272)Comment pourrions nous rencontrer Dieu en fuyant l homme
[D] 

Accueil > Moments forts > Témoignages > Catholicisme source d’inspiration pour le monde d’aujourd’hui et de demain (...)

Catholicisme source d’inspiration pour le monde d’aujourd’hui et de demain ?

Publié le vendredi 1er avril 2011 , par Jean-Marc

Le catholicisme source d’inspiration pour le monde d’aujourd’hui et de demain?

  1. Une mutation extraordinaire



Nous traversons une période de mutation extraordinaire. Une époustouflante transformation travaille nos sociétés contemporaines. Nous peinons à prendre la mesure de l’ampleur de ce bouleversement. Michel Serres va jusqu’à parler d’une sortie de la période paléolithique comme si, pour trouver la trace d’un tel basculement, il fallait retourner jusque 12 000 ans en arrière c'est-à-dire à la période de la révolution du néolithiquei.

C’est dire que la mutation en cours dépasse toutes celles qui ont pourtant déjà tellement marqué la société des hommes au long de notre histoire : changements de civilisations et révolutions. Cette mutation dépasse tout ce que l’histoire des hommes a connu par sa profondeur et son étendue. De ce point de vue, notre époque est absolument inédite.

Chaque mutation engendre son lot d’espoirs et de craintes. Mais aujourd’hui, l’arrachement et le saut dans l’inconnu sont tels qu’ils génèrent un grand désarroi. Traverser cette mutation et faire en sorte qu’elle conduise à un surcroît d’humanité plutôt qu’à sa perte, exige un discernement affiné qui suppose de croiser toutes les disciplines et les outils d’analyse. La tâche est difficile parce que l’extraordinaire nouveauté de ce qui est en jeu rend les points d’appui du passé insuffisants pour tenter de comprendre ce qui advient.

Une série de bouleversements s’enchaînent, s’interpénètrent, se répercutent et forment système. Notre humanité n’avait pas encore connu un tel enchevêtrement de si puissants changements. Les observateurs relèvent une série de révolutions qui s’alimentent les unes les autres.

  • Révolution économique : naissance des multinationales et mondialisation des échanges.

  • Révolution démographique : croissance exponentielle de la population mondiale, pression des flux migratoires.

  • Révolution numérique : capacité de calculs vertigineux, accélération des transmissions des données, avènement du virtuel.

  • Révolution bio-génétique : manipulations inouïes sur le vivant qui modifient notre rapport à la nature, à la vie, à la parentalité…

  • Révolution écologique : prise de conscience de notre relation à la planète et de notre fragilité.

  • Révolution médiatique : impact croissant des images par-dessus les mots, circulation planétaire de l’information, rétrécissement de l’espace temps.

  • Révolution idéologique : chute des idéologies de progrès  et des croyances collectives: scientisme, marxisme, libéralisme.

Cette mutation se vit à très grande vitesse et ne cesse pas de s’accélérer. Elle est globale au sens où aucun espace de la vie des hommes n’est à l’abri. Son onde de choc gagne tous les territoires et tous les esprits.

Chacun de nous peut en observer déjà les effets positifs et négatifs sur sa propre façon de vivre. Nos manières de vivre en homme changent rapidement, les décalages se creusent d’une génération à l’autre. La montée en puissance positive de l’importance accordée à l’individu, au confort matériel, à l’ouverture aux mondes, au principe de plaisir, entraîne-t-elle trop loin nos sociétés modernes dans l’individualisme, le consumérisme, le relativisme, l’hédonisme ? Les sagesses et les traditions anciennes peinent à faire sens. L’autorité passée des institutions politiques, juridiques, éducatives, religieuses ne va plus de soi.

A sa démesure, cette mutation suscite espoirs et peurs. Nous l’éprouvons à la fois comme une menace et une promesse. Elle a ses chances et ses risques. Nous sommes ainsi partagés entre l’impression d’une déshumanisation accélérée et l’avènement inédit d’une nouvelle humanité.

  1. La situation du catholicisme

Quoi d’étonnant à ce que le catholicisme soit pris dans la tourmente ? Le catholicisme, notamment en France, souffre et vacille. Force est de reconnaître un désarrimage croissant de nos sociétés vis-à-vis du christianisme qui les a portées. Le catholicisme en France, qui a largement façonné notre civilisation, n’irrigue plus la société de la même manière. Il se trouve écartelé entre ce qu’il peut représenter encore culturellement et ce qu’il devient de fait.

Du côté de l’Eglise, ce que le catholicisme en France donne à voir paraît au premier regard plutôt sombre : baisse du nombre des pratiquants, diminution des catéchisés, chute des vocations, perte d’influence de l’Eglise dans la société, sentiment d’une indifférence religieuse prégnante et insaisissable, privatisation de la foi...

Du côté de la société, la désinscription du christianisme se manifeste dans le refoulé du religieux dans la sphère privé, dans une perte de références morales et éthiques inspirées de l’Evangile, dans une amnésie volontaire ou non concernant les racines chrétiennes de notre culture, dans l’absence d’enseignement du fait religieux, dans l’autonomie des arts…

L’évolution des mœurs et de la législation confirme cette marginalisation croissante du catholicisme. Sur des questions aussi fondamentales que la différence sexuelle, la parentalité, le mariage, la bio éthique, la famille, l’éducation, la pauvreté, l’immigration, le rapport à la création, la solidarité, le catholicisme fait entendre souvent une voix discordante. Il est alors parfois perçu comme réactionnaire, rétrograde, pas en phase avec son époque, anti moderne. L’Eglise catholique serait toujours à la remorque de l’évolution normale de l’humanité. Entre parenthèses, on laisse ainsi entendre, comme un formidable apriori, qu’il irait de soi que la mécanique aveugle de l’évolution des moeurs et des idées conduise de fait au meilleur. On balaie des questions dérangeantes sur un ton hautain, d’un seul revers de main. Le pensée catholique serait-elle devenue comme une patate chaude, un caillou dans la chaussure ?

Cette réflexion sur la rupture de notre civilisation avec le catholicisme prend une étonnante vigueur aujourd’hui. Il se passe depuis peu quelque chose de nouveau parmi ceux et celles qui essaient de décrire ou d’analyser la mutation du monde contemporain. En France, des intellectuels de tous les horizons, - ils sont conservateurs ou progressistes, de gauche ou de droite, de culture catholique ou de confession catholique, croyants ou pas, vieux ou nouveaux croyants… - témoignent d’un intérêt renouvelé pour le catholicisme.

Cette rupture fait débat. Il n’est pas facile de discerner à quel niveau de profondeur cette faille entre la société contemporaine et l’Eglise a pénétré ? Que reste-t-il de chrétien dans notre monde qui apparemment ne l’est plus ?

Pour certains, loin d’une rupture radicale entre la société contemporaine et le christianisme, notre situation témoignerait plutôt d’une assimilation. Ce serait le signe que tout serait devenu chrétien. L’impact du christianisme aurait été tel que les valeurs évangéliques seraient devenues le patrimoine de tous. Il est vrai que le christianisme a joué son rôle dans l’avènement des sociétés modernes. Ce n’est pas un hasard si ce monde là est né dans l’espace de la civilisation chrétienne. Les « inventions chrétiennes » que sont par exemple la dignité et l’unicité de la personne ou la désacralisation du politique, ont ouvert la voie à l’émergence de l’individualisme et de la laïcité. Pour autant, il me paraît simpliste et erroné de déclarer que le recul de la foi conjugué à la montée en importance d’une valeur comme l’amour serait « le signe que le christianisme à fini par gagner » ! (Frédéric Lenoir, Luc Ferry) Comme si cette hypothétique infusion des valeurs chrétiennes dans la société pouvait assurer de ce que le christianisme avait accompli son oeuvre de salut !

Mais ce regard idéaliste est loin d’être partagé. A des degrés très divers, Jean-Claude Guillebeau, Max Gallo, Régis Debray, Jean-Pierre Denis, Michel Serres, René Girard, Michel Houellebeck, Philippe Muray, Pascal Bruckner, Frédéric Beidbeger, Patrick Kéchichian, Denis Tillinac, Marc Fumaroli, Jean Clair, Philippe Sollers, Julia Kristeva, Guy Coq, Sylvie Germain, Fabrice Hajdahd, Jean Luc Nancy, Bernard Sichère, Jean-Luc Marion… s’inquiètent de cette rupture. « C’est ce qu’il reste du christianisme en elle qui empêche la société moderne d’exploser » aurait dit un jour René Girard. Ils trouvent dans la grande tradition de la pensée catholique un rempart à l’explosion des temps, une cohérence forte, une réserve de sens, une mise en perspective.

Certains, douloureusement, craignent qu’on ait atteint le seuil d’une rupture irréversible de notre monde avec la tradition d’humanisme chrétien qui l’a porté. Ils appellent alors l’église catholique à assumer cette position marginale dans laquelle elle est refoulée, n’hésitant pas y voir une chance pour qu’elle puisse, sans craintes, se retrouvant un peu dans la situation des premières communautés chrétiennes, interpeller librement et vigoureusement notre époque avec des accents prophétiques évangéliques renouvelés. D’autres sont plus nuancés.

Ces écrivains ou philosophes n’esquivent pas les drames du passé chrétien, ils n’idéalisent pas notre histoire, mais ils témoignent d’une reconnaissance pour ce qu’a engendré le catholicisme dans notre civilisation. La perte de la matrice chrétienne pourrait signifier la perte de notre civilisation. On aboutirait alors à un tout autre monde, imprévisible.

Face à l’inquiétude d’une société en désarroi, face à l’absolue nécessité de prendre du recul pour comprendre notre temps dans un regard critique, face au risque réel d’une forme d’explosion de l’humanisme dans notre monde contemporain, devant l’exigence urgente de redonner du sens à la marche du monde et à celle des hommes pour accompagner de manière constructive les temps nouveaux, ces penseurs trouvent dans le catholicisme une extraordinaire réserve d’interrogations et de réflexions.

Pour la plupart, même si une certaine nostalgie affleure chez un bon nombre, il ne s’agit pas pourtant de revenir aux temps anciens, à la chrétienté médiévale. Il s’agit de permettre à la source vive du catholicisme de poursuivre, avec d’autres, son travail d’irrigation, de contestation et d’inspiration pour que les temps à venir continuent de servir l’homme. 

Beaucoup annoncent alors l’espoir que, parce que notre époque pourra de moins en moins refuser la recherche vitale de sens, les temps d’aujourd’hui et ceux de demain sont et deviendront de plus en plus favorables à l’Eglise, à la condition toutes fois que celle-ci demeure humble, ouverte et servante, sans aucune revendication de privilèges pour elle-même, fidèle à la vérité du message évangélique.

  1. Le génie catholique

En quoi donc le catholicisme peut-il redevenir source d’inspiration pour des penseurs préoccupés d’humanisme d’aujourd’hui ? Dans la réserve de tradition et de sagesse élaborée en deux millénaires, quelles cartes majeures le catholicisme peut-il apporter au jeu de la construction de notre monde ? Quelle peut être la contribution du génie catholique à la pensée humaniste contemporaine ?

J’énumère 5 points possibles.

  • Foi et raison.

La tradition catholique a pour dominante d’entretenir un rapport équilibré et fécondant entre la foi et la raison. La foi y est appelée à se laisser travailler par l’intelligence tandis que la raison est invitée à se laisser interroger par la foi.

Quand la foi quitte toute forme d’intelligence elle se perd dans l’émotionnel ou le sentimentalisme, l’irrationnel ou la superstition. Elle peut glisser dans le fanatisme, l’intégrisme ou le fondamentalisme. Ces formes déraisonnables du religieux, alimentées par une grande ignorance, se renforcent malheureusement aujourd’hui.

Quand la raison refuse de se laisser interroger par la foi, elle devient orgueilleuse et arrogante, elle quitte sa nécessaire humilité. Elle se boucle sur elle-même et n’envisage plus d’autres finalités qu’elle même. Elle perd de vue l’humanité qu’elle devrait pourtant servir. C’est ce qui se passe aujourd’hui quand, par exemple, la science devient folle et justifie tous les progrès sans s’interroger sur leurs sens. On avance parfois parce qu’il faut sans cesse avancer, sans jamais réfléchir où cela conduit.

Cela ne signifie pas que foi et raison se mélangent. La foi est au-delà de l’intelligence, elle est une adhésion à une Parole mystérieuse qui nous dépasse, et cependant il vaut mieux faire preuve d’intelligence dans sa manière de croire. La raison quant à elle a sa propre exigence rationnelle, elle n’a pas à se laisser asservir par la foi et cependant, parce qu’elle est incapable de répondre à la question du pourquoi, elle a entendre ces autres paroles qui l’ouvrent au sens.

Dans l’univers des religions, à cause de sa capacité à dialoguer foi et raison, le catholicisme parait bien placé pour entrer en résonnance avec le questionnement contemporain.

Foi et culture

La tradition catholique a généré une extraordinaire floraison d’œuvres d’art. Architectures, sculptures, peintures, musiques, étaient toutes orientées à la vie la liturgique. Cet art se voulait au service du beau, du vrai et du bien.

L’art des églises témoignait de ce que la religion catholique est une religion de l’incarnation, au nom du Christ, le Fils de Dieu venu dans notre chair. Le corps et ses sens, si sollicités dans la liturgie catholique, prennent part à l’expression de cette manifestation de Dieu parmi les hommes.

Un divorce a peu à peu séparé l’art et la foi. L’Eglise s’est détournée de l’art, préférant des expressions plus sociales ou intellectuelles de la foi. Le renouveau liturgique tend aujourd’hui à combler cet écart qui ne résonnait pas bien avec la tradition catholique.

Mais c’est aussi l’art de son côté qui a pu se couper de sa sève spirituelle. Les arts contemporains ont souvent pris parti de refuser de servir toute idée de bien ou de beau, toute forme d’humanisme. L’art est devenu sa propre fin, au risque de s’appauvrir et de s’auto contempler. Et « la culture pour le culte est devenue le culte de la culture ». On encourage la culture mais celle-ci tend à devenir un jeu dérisoire d’amusement ou de déconstruction, miroir de ce que nous sommes.

Renouer le fil interrompu de la très longue histoire d’un art relié à l’expérience de Dieu, c’est redonner sens à l’art et redonner chair à la vie croyante. Ici aussi le catholicisme propose une voie singulière.

  • Foi et identité

Longtemps la tradition catholique a irrigué notre société. Elle lui a transmis un certain art de vivre. Elle a façonné notre culture, nos rites et nos paysages. Elle a participé avec d’autres à construire une certaine identité française et européenne.

La globalisation du monde engendre un peu partout le sentiment d’une perte d’identité collective. Dans ce contexte, il y a là quelque chose d’aberrant à refuser de reconnaître le christianisme comme une des racines principales constitutives de notre civilisation, à moins de chercher à gommer toute identité. Refoulée, cette recherche identitaire actuelle peut dériver dans des réactions qui se laissent gagner par la nostalgie, l’agressivité ou la fermeture sur soi.

L’Eglise catholique témoigne de sa capacité à s’inculturer dans des sociétés très diverses. On ne vit pas la foi catholique en France comme en Afrique ou en Amérique du sud, en Asie. Repliés sur nous-mêmes, nous ne percevons d’ailleurs pas suffisamment en France la richesse et la fécondité du catholicisme dans d’autres continents. L’inculturation dans la particularité des nations se vit en même temps dans la communion entre les églises du monde.

Depuis le concile Vatican II, la théologie catholique reconnaît la validité des autres chemins spirituels au travers des autres religions, le Christ Jésus demeurant la voie royale du salut…

Ainsi l’Eglise catholique contribue à offrir aux hommes d’aujourd’hui l’expérience d’une identité particulière forte et cependant toujours ouverte aux autres. Dans notre monde si souvent tenté de sombrer dans des séparations ou des violences haineuses, la sagesse chrétienne saura-t-elle apporter la paix et la concorde entre les peuples et les religions ?

  • La dignité de la personne

C’est une constance de la doctrine chrétienne que de défendre coûte que coûte la dignité de chaque être humain. Notre société serait en effet tentée aujourd’hui de désacraliser la dignité d’un homme en la rendant relative à d’autres réalités plus importantes que lui ( la santé, le confort de vie).


Expulsion brutale de communautés de rom, naissance artificielle d’un enfant pour en sauver un autre, tentation de légiférer l’euthanasie pour en finir avec la souffrance des malades, reconnaissance d’un droit au mariage ou à l’adoption pour des couples homosexuels, à propos de faits aussi divers, des évêques en France ont fait entendre leur voix. Lorsque l’Eglise parle ainsi, elle semble à contre courant du mouvement qui emporte nos sociétés.

Ce qui est en jeu c’est le respect inconditionnel de tout être humain à commencer par le plus petit, le plus menacé. Ce qui est en cause c’est le refus absolu de réduire un être humain quel qu’il soit à l’état d’objet. Ce qui n’est pas admissible c’est la prétention à définir un seuil qui poserait une ligne de démarcation entre les hommes, entre ceux qui seraient dignes d’humanité et ceux qui ne le seraient plus.


Le questionnement éthique aujourd’hui est une nécessité qui revient en force. Il touche à de vastes domaines : émigration, bioéthique, famille, parentalité, justice… L’Eglise catholique, riche de sa doctrine sociale, sans prétendre prendre la place du législateur, apporte ici sa contribution, convaincu que le respect pour le plus petit des hommes est à la base de tout humanisme.


  • La question du mal et de la mort

La question du mal résonne de manière tragique et intense dans notre monde. Les moyens de communications nous mettent chaque jour en présence de la misère du monde. Nous ne comprenons pas la persistance du mal dans un monde si moderne et hautement technique. Nous rêvons de vies sans souffrances et celles-ci nous deviennent de plus en plus insupportables.

Le judéo christianisme a un rapport particulier avec le mal, la souffrance et la mort. Il reconnaît une part de responsabilité aux hommes, mais ne fait pas d’eux les seuls responsables du mal. Celui-ci trouve aussi une origine mystérieuse (le serpent). Il croit en un Dieu de bonté.

Prise de conscience de nos responsabilités humaines, acceptation qu’un mal nous dépasse, refus de faire de Dieu un bouc émissaire ou un pompier de service, ouverture de la prière biblique aux cris de souffrance et de révolte contre Dieu mais aussi d’offrandes pour Dieu. Révélation chrétienne inouïe d’un Dieu qui vient en Jésus crucifié prendre la souffrance des hommes sur lui et qui ne cesse de les accompagner sur leurs chemins de douleur. Plus encore, manifestation de la victoire de l’amour sur le mal, sur la souffrance et la mort. La théologie et la spiritualité chrétienne aident les hommes à faire oeuvre de lucidité et d’acceptation du mystère du mal et de la mort tout en les ouvrant à une vertigineuse espérance qui fonde leur résistance et leur combat contre la mal. S’ouvre alors un immense champ de vie et de méditation pour les hommes d’aujourd’hui.

  1. Attitudes spirituelles

Au moment même où de multiples signes indiquent son effacement social, la tradition catholique devient aujourd’hui une source d’inspiration spirituelle et culturelle. Méconnue de beaucoup, elle apparaît comme une réalité neuve, que certains découvrent, après de longues périodes d’ignorance ou d’oubli. Dans l’épreuve que nous traversons un renouveau possible de la foi apparaît en germeii.

Ce regard s’appuie sur la conviction que Dieu n’a pas déserté notre temps. Les temps d’aujourd’hui sont des temps favorables à l’annonce de l‘Evangile. Ils le sont parce que l’Esprit nous y envoie et ne cesse de travailler le monde. Ils le sont parce que c’est aujourd’hui et pas hier que le témoignage de la foi est attendue.

Ils le sont encore à la condition de porter sur eux le regard spirituel de la foi. Les temps actuels nous plongent en effet au cœur de la foi de Pâques, née d’un passage et d’une traversée de l’épreuve. Au cœur d’un monde qui s’est éloigné du christianisme, certains font retour à celui-ci. Cette contradiction nous renvoie au cœur de la foi telle qu’elle s’est manifestée dans le mystère du Christ et aux origines de l’Eglise : c’est au coeur de la faiblesse humaine que s’est manifestée l’expérience surprenante de la puissance de Dieu. D’un homme rejeté, mis en marge, exclu jusqu’à la mort a jailli un extraordinaire élan de vie. Dans la Résurrection du Christ, l’amour s’est révélé plus fort que le mal et la mort. De la persécution des premières communautés chrétiennes et de leurs expulsions du judaïsme s’est mise en marche l’étonnante expansion de l’Eglise au commencement du christianisme.

Cette double crise à l’origine de l’Eglise laisse entendre que le christianisme ne va pas de soi. Il suscite toujours des résistances à son message. Son pouvoir subversif fait peur. Mais elle donne à croire aussi que le passage de la mort à la vie fait partie intégrante du christianisme. Le mystère pascal est entré dans le code génétique de la foi.

Ce vécu de l’histoire chrétienne nous invite à relire d’un regard nouveau les temps actuels. L’épreuve contemporaine peut être discernée dans la foi comme la grâce d’un renouveau de la foi. La révélation de l’Evangile nous appelle à poursuivre inlassablement le témoignage de la foi en renonçant à toutes formes de puissance, de mépris et de mains mises sur le monde, en nous appuyant sur la seule force de l’Esprit qui agit dans nos faiblesses, en plongeant au cœur de la foi dans le Christ mort et ressuscité pour nous.

Parce que le témoignage du trésor de la foi catholique est paradoxalement attendu aujourd’hui, c’est dans cet Esprit d’humilité et de pauvreté, qu’il revient aux croyants d’être les signes vivants et concrets de cette part du don reçu de Dieu que le catholicisme peut offrir au monde contemporain.


Nous le serons en étant nous même les témoins vivants du génie du catholicisme. Cela nous appelle à :


  • Articuler du mieux possible notre intelligence et notre foi. Prendre le temps de réfléchir à la foi de l’Eglise, nous former dans l’intelligence des Ecritures et du dogme.



  • Prier avec tout notre corps, en soignant l’expression de la beauté dans nos liturgies, signe offert de la présence de Dieu incarné au milieu de nous.



  • Nous laisser marquer par la foi en Jésus qui façonne pour une part notre identité d’homme et d’Eglise tout en témoignant d’un esprit d’ouverture à la différence et au respect de tous.



  • Participer à la défense du pauvre et de l’élémentaire humain partout où l’humanité de l’homme risque d’être mise à mal.



  • Porter notre douleur et celle du monde dans la prière, grandir et devenir signes de l’espérance du Christ Jésus ressuscité pour tous les hommes.

Voilà qui devrait nous stimuler en ce carême ! Amen !





P. Laurent Le Boulc’h

Carême 2011



i Le Néolithique est une période de la Préhistoire marquée par de profondes mutations techniques et sociales, liées à l’adoption par les groupes humains d’une économie de production fondée sur l’agriculture et l’élevage, et impliquant le plus souvent une sédentarisation. Les principales innovations techniques sont la généralisation de l'outillage en pierre polie et de la poterie en céramique. Ces mutations sont telles que certains auteurs considèrent le Néolithique comme le début de la Protohistoire.

Dans certaines régions, ces importantes mutations sont relativement rapides et certains auteurs ont pu parler de « révolution néolithique ». La néolithisation est toutefois un phénomène progressif, survenu à des dates différentes selon les régions. Au Proche-Orient, le Néolithique débute autour de 9 000 ans av. J.-C. Il prend fin avec la généralisation de la métallurgie et l’invention de l’écriture, autour de 3 300 ans av. J.-C.

Cf Wilkipédia



ii « Entre épreuve et renouveau la passion de l’Evangile » Rapport Dagens Novembre 2010 – Eglise de France

7


Version imprimable de cet article Version imprimable